Le Haut Moyen-âge, le lent essor de la Champagne

  • Les conséquences administratives du partage de Verdun (843)

L’espace champenois garda l’héritage du dualisme romain et mérovingien pendant le premier siècle carolingien (VIIIe siècle). Les missatica (zones d’inspection des missi dominici de l’empereur Charlemagne) du début du IXe siècle furent sensiblement les mêmes que le découpage administratif précédent, les provinces ecclésiastiques mérovingiennes.

C’est en 843 au traité de Verdun que la Champagne fit son premier pas vers l’unité. L’antérieure opposition nord/sud du pays fut en effet balayée en faveur d’une opposition est/ouest, grâce aux rivalités des trois petits-fils de Charlemagne (le traité de Verdun partagea le grand empire européen de Charlemagne en trois parties à peu près égales).

  • L’essor du pouvoir ecclésiastique : de Clovis à Hugues Capet

L’union administrative de la Champagne, conséquence du traité de Verdun, ne permit pas l’équilibre politique.

La cité de Reims fut prédominante en face des comtés champenois comme celui de Troyes. C’est l’Église rémoise qui permit sa puissance et son rayonnement sur tout le territoire franc, particulièrement depuis le baptême de Clovis en 496. Ce dernier évènement entraîna des rapports privilégiés avec la couronne franque. Ce fut également à Reims qu’eut lieu le premier sacre royal, celui de Louis 1er le Pieux, fils de Charlemagne, en 816. Le célèbre archevêque Hincmar de Reims (800-843) codifia le premier le sacre des Rois de France. La puissance des archevêques de Reims s’accrut au Xe siècle grâce au rôle d’arbitre qu’ils jouèrent dans la lutte entre les deux grandes dynasties franques : Carolingiens et Robertiens. Ce fut en effet à partir de l’épiscopat de Séulf (de 922 à 925) que Reims fut un enjeu crucial pour les deux familles. La lutte fratricide monta en intensité au cours du Xe siècle, affaiblissant l’Église de Reims. La tutelle du trône franc revint finalement à Adalbéron, évêque de Metz, qui eut l’idée de se rallier à Hugues Capet, lequel devint roi des Francs en 987.

À côté des archevêques rémois, les évêques troyens durent subir la concurrence des comtes et leur puissance temporelle disparut au cours du Xe siècle. La défaite d’un des leurs, le courageux Anségise (mort en 970, qui résista aux assauts des invasions normandes) face aux comtes permit la prédominance de ces derniers sur une grande partie de la Champagne autour de Troyes.

  • Les premiers comtes des Champagne et l’essor du pouvoir laïque 

Le déclin des puissances ecclésiastiques permit l’émergence des comtes de Champagne, ou plutôt, devons-nous dire, des comtes de Troyes. Nous en connaissons deux en particulier : Herbert de Vermandois et Eudes.

Le premier fut connu pour sa très grande fourberie (il fut un symbole de cette époque jugée corrompue) et ses grandes ambitions territoriales (volonté de conquérir le Vermandois, le Soissonnais, la Picardie et Reims).

Le second, Eudes, connu pour être querelleur et chimérique, réussit à arracher Reims à son archevêque pendant deux ans (de 1021 à 1023) et eut en héritage le comté de Troyes. À sa mort, la souveraineté sur ces territoires fut disputée entre ses descendants. Ce fut à partir du comtat du très pieux Thibaut IV de Blois (de 1125 à 1151) que l’unité fut retrouvée avec la maison de Blois-Champagne.

  • Les campagnes et villes champenoise aux alentours de l’an mille 

Le Polyptyque de l’abbaye de Saint-Rémi nous donne des éléments sur l’agriculture autour de Reims. Les terres du bassin Rémois, de la montagne de Reims à la vallée de l’Aisne, furent très fertiles et exploitées. L’exploitation de ces terres associa moines et main d’œuvre paysanne (libres ou serviles). Les paysans furent à cette époque en majorité des « libres ». Ce Polyptyque a valeur d’exemple car décrivant assez justement l’organisation de la société franque aux alentours de l’an mille : encore peu de serfs. Le Polyptyque de Montier-en-Der suggère les mêmes conclusions pour cette époque. Le monde paysan ne connut le servage généralisé qu’à partir du XIe siècle.

Su le plan des villes, les citadins rémois bénéficièrent de la protection des remparts devant les invasions normandes des IXe et Xe siècles. Nous en trouvons à cette époque à Châlons, Reims et Troyes, qui firent leurs preuves contre l’envahisseur. Mais cela au détriment de l’important développement industriel et commercial de cette région. À l’apparition du Saint-Empire Romain Germanique à partir de 962, un réveil urbain se manifesta ainsi qu’un développement commercial de la Champagne, du fait, en grande partie, de son positionnement stratégique (située entre la Méditerranée et la mer du Nord, entre la Manche et le Rhin). L’existence de foires à Chalons est attestée dès 963 et les fameuses « foires de Champagne » apparurent au milieu du XIe siècle. Au XIIe la population citadine, en particulier celle de Reims, explosa et déborda des remparts. L’industrie se développa. Une bourgeoisie se créa et demanda une modification des statuts urbains sous la forme d’une commune en 1139-1140.

  • Le défrichement du « croissant forestier » et l’apparition de la « Champagne mystique »

Le défrichement fut bien antérieur à l’an mille : dès la préhistoire, les hommes de Hallstatt entamèrent déjà le « croissant ». Avant le Ve siècle de larges avenues furent déjà creusées et de nombreux villages en lisière ou au cœur même du bois existèrent. Cependant de nombreux massifs de forêts profondes ne furent pas encore entamés : les forêts du Grand Orient, du Der, d’Othe et d’Argonne. Les paysans et surtout les moines (de Montfaucon, Moirement, La Nouvelle-Celle, etc.) luttèrent contre l’arbre. Cette poussée de défrichement se manifesta en même temps que la poussée démographique et fut à la fois laïque et monastique.

Au début du XIIe siècle, l’abbaye de Clairvaux, issue de l’ordre bourguignon de Cîteaux, fit son apparition. Son action fut profonde dans toute la Champagne, elle fut profonde et multiple dans ces formes : spirituelle, intellectuelle (controverse sur le Paraclet entre Abélard et Saint Bernard), politique (l’abbé de Clairvaux exerça une influence considérable sur les comtes de Champagne), économique et artistique.

  • La vie intellectuelle et artistique en Champagne

Émiettée en plusieurs entités sur le plan politique et économique, la Champagne n’eut pas davantage trouvé ses dimensions dans le domaine de la pensée et de l’art.

Sur le plan intellectuel, elle profita de l’essor global de la « renaissance carolingienne » (développement des écoles aux VIIIe et IXe siècles). Reims eut la chance d’abriter de grandes écoles canoniales avec des maîtres de premier ordre : Hériman de Reims, Bruno de Cologne (ou saint Bruno, fondateur de l’ordre des Chartreux), Godefroid (XIe siècle) et Albéric (XIIe siècle).

Sur le plan artistique, la Champagne ne laissa que peu de traces durant cette période. La première cathédrale de Reims fut consacrée par Hincmar puis agrandie par Adalbéron et enfin reconstruite entièrement suite à un incendie en 1210. L’archevêque de Reims éleva également l’abbatiale de Saint-Remi. Aux alentours (Bazancourt, Hermonville, Courville…) les quelques morceaux que nous avons nous révèlent une influence architecturale rhénane, d’Île-de-France, bourguignonne et cistercienne. La Champagne n’eut donc pas trouvé encore son génie artistique.

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