La première bataille de la Marne

slider_oscar_rosalieEn ce début de mois de septembre, Égalité&Réconciliation Champagne-Ardenne vous propose un article commémorant le centenaire d’une bataille importante de l’Histoire de France, la bataille « de la Marne », première du nom (la seconde ayant lieu à la fin de la Première Guerre mondiale), sorte de Stalingrad français. Sans la résistance de l’armée française entre le 6 et le 14 septembre 1914 face à l’attaque allemande, Paris aurait été englouti et la France serait à genoux une nouvelle fois et probablement condamné à de lourdes réparations de guerre, comme en 1871 à l’issue de la « guerre franco-prussienne » . Dans cet article nous évoquerons le contexte d’apparition de la Première Guerre Mondiale avant de parler des préparatifs et du déroulement de cette bataille.

Contexte général

Le 1er Août 1914, c’est la mobilisation générale : tous les clochers des villages de France sonnent, les mairies sont ornées du drapeau français. Les jeunes français de la Belle-époque quittent leur travail et leur famille pour partir au front.

Au même moment, derrière la « ligne bleue » des Vosges, l’Allemagne du Kaiser Guillaume II mobilisent aussi. Elle possède la meilleure industrie d’Europe, les meilleurs canons (Krupp) et la 2ème flotte au monde. A ses côtés, l’Autriche-Hongrie, empire usé et fatigué de François-Joseph 1er a déjà mobilisé ses troupes suite à l’attentat de Sarajevo le 28 juin. Ils sont en guerre avec la Russie qui soutient la Serbie par solidarité pan-slave. Autre allié des « Empires centraux », l’Empire Ottoman, en voie de désintégration, qui se prépare à entrer en guerre plus tard.

Du côté de la « Triple Entente », l’Angleterre peu enthousiaste à mener une guerre prépare quand même ses armées en cas de violation de la neutralité de la Belgique. Celle-ci étant vite effective, elle entre donc en guerre au côté de la France et de la Russie.

En France, le président de la République Raymond Poincaré a obtenu deux ans auparavant la « loi des 3 ans » concernant le service militaire. Les élections législatives de mai 1914 ont amené une majorité de gauche socialiste et pacifiste. Mais dans leur majorité, les français sont patriotes, cocardiers et revanchards. L’assassinat de « l’apôtre de la paix » Jaurès, le 30 juillet, n’offre plus aucune résistance politique à la volonté de guerre chez les parlementaires qui votent à l’unanimité « l’Union sacrée » le 4 Août 1914, le lendemain de la déclaration officielle de guerre. Dans les rues de Paris on entend des slogans comme « A Berlin! », »Il faut en finir! » ou encore « c’est la Der des Der! ». La France mobilise ses troupes dans un enthousiasme général tout comme en Allemagne au même moment.

Les soldats mobilisés sont pour les trois-quart d’entre eux d’origine paysanne. La France n’est pas, pour eux, une abstraction cosmopolite : elle est la terre qu’ils labourent tous les jours et qui leur colle au soulier. Le soldat français de 1914 porte un képi et un pantalon rouge garance. Son fusil de modèle Lebel 1886-1893, d’une portée de 1,2 km, est de bonne facture pour son époque. L’armée française possède à côté une arme redoutable avec le canon de 75mm. Sa cadence de tir est de 20 coups à la minute. A la tête de l’armée, le maréchal Joffre rassure car il ne fait partie d’aucun clan militaire. Dans les écoles de guerre françaises, les 3 principes sont ceux des armées du XIXe siècle :

1) L’infanterie est la reine des batailles

2) La baïonnette est l’arme suprême

3) L’offensive emporte tout

Face à l’armée française, les allemands, dirigés par von Moltke, possèdent d’autres avantages militaires. La mitrailleuse Maxim (d’une portée de 4 km) fait des ravages dès le début de la guerre. Son positionnement stratégique diffère de celui adopté par les français en étant mise en première ligne devant l’infanterie (chez les français la mitrailleuse est utilisée en soutient de l’infanterie). Dans le premier mois de la guerre cette arme tue un nombre très important de jeunes français mobilisés. Un autre avantage, l’uniforme de couleur vert de gris, est beaucoup plus discret que celui des français dont la trop grande visibilité du pantalon est resté célèbre.

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Dans les premiers jours de la guerre, l’Allemagne applique le « plan Schlieffen » prévu pour soumettre la France en 6 semaines avant de se retourner contre la Russie. L’armée allemande est divisée en deux : la 1ère armée de Von Kluck doit foncer sur Paris par le nord comme en 1870 et le reste de l’armée, venant aussi du nord, doit encercler le gros de l’armée française située dans l’est. Les corps d’armées de celle-ci projettent en effet d’attaquer le sud de l’Allemagne. Après plusieurs revers importants en Alsace et face au déferlement allemand qui arrive depuis la Belgique, Joffre décide de replier l’ensemble de ses troupes vers Paris. Il cherche à reculer pour faire jouer en particulier le jeu des transports, qui lui est favorable sur son territoire. L’offensive allemande continue de manière foudroyante, l’armée de Von Kluck est à portée de Paris au début de septembre. Le général de la 1ère armée croit l’armée française battue.

La décision de Joffre d’attaquer sur la Marne

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Dans son quartier général de Châtillon-sur-Seine, le maréchal Joffre, muet, regarde la carte des territoires de la Marne, du grand Morain, de la Seine et de l’Aube. Il s’entretient souvent avec Gallieni, en charge de la garnison de Paris et demande au maréchal French et à son corps expéditionnaire anglais de le mettre sous son commandement pour simplifier les prises de décisions face à cette situation critique. Joffre décide une offensive de la dernière chance après dix jours de retraites ininterrompue. Elle se passe sur les terres avoisinant la marne : deux millions d’hommes face à face sur un front de 225 km de Verdun à Meaux, en passant par Coulommiers, Fère-Champenoise, Mailly, Vitry-le-François et Revigny.

Le 5 septembre Gallieni lance une contre-attaque vigoureuse de la garnison de Paris en direction de Von Kluck. Charles Péguy, intellectuel célèbre et lieutenant de réserve, participe à l’attaque et tombe au champ d’honneur avec 12.000 de ses camarades au cours de la bataille dite de « l’Ourcq », au nord de Meaux. C’est au cours de cette bataille que la légende des « taxis de la Marne » sauvant Paris a été crée. Une autre a été celle des marais de Saint-Gond, près de Fère-Champenoise, soit-disant « engloutissant la Garde Impériale allemande ». Cette bataille des « Marais de Saint-Gond », où participe une division marocaine, sonne la fin de l’époque des charges folles à travers les plaines et celle des gants blancs et pantalons garances. Durant cet ultime épisode de « guerre fraîche et joyeuse » les allemands sont repoussés. Entre le 6 et le 12 septembre à Revigny, l’armée française du général Sarail résiste aux assauts frontaux meurtriers de celle du Konprinz. A Vitry-le-François, entre le 6 et le 10 septembre, le général de Langle de Cary bloque et enveloppe l’armée du duc de Wurtemberg. Suite à ces échecs, le général von Moltke fait le point.

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Deux de ses offensives principales échouent. Sa tentative à Revigny-sur-Ornain à l’est de Verdun n’a pas réussi pas et l’attaque de la Garde Impériale sur Fère-Champenoise est un échec. Son seul motif de réjouissance est von Kluck contenant partiellement la contre-offensive de Gallieni. Mais cette armée repartant sur Paris créer un écart avec le reste de l’armée allemande. Cela permet au corps expéditionnaire britannique de profiter pour prendre à revers la 1ère armée. L’ensemble de l’armée allemande est mise en difficulté, un repli stratégique est ordonné par von Moltke. Celui-ci dure trois jours pour contenir l’armée française qui attaque désormais à outrance sur tous les fronts.

Cette bataille est donc une victoire pour la France, elle brise l’élan du Kaiser et sauve la France du désastre. Joffre sourit et déclare :  » Je ne sais pas qui a gagné la bataille de la Marne, mais je sais qui l’aurait perdue « , soulignant l’importance de celle-ci. Durant les journées du 10, 11 et 12 septembre les français apprennent avec joie cette grande victoire. Dans le même temps, au Fort de la Pompelle, au nord de Reims, les troupes françaises vivent les premières heures d’une « guerre de position » que les allemands veulent désormais leur imposer pour tenter de réparer leur échec.

Débute à ce moment une guerre de quatre ans, guerre d’usure, sinistre dans un décor lugubre et lunaire. C’est la guerre de Verdun et du Chemin des Dames, où froid, ennui, peur et mort sont le quotidien des soldats. L’attaque est finie, la bataille de la Marne reste l’ultime épisode de « la guerre de mouvement » et une des batailles les plus importantes de la Première Guerre mondiale.

JF red2

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